Réponse à la CGE sur les 30% de boursiers: où est la justice sociale?

Publié le par Confédération Etudiante Sciences Po

Au beau milieu de la polémique déclenchée par les propos de Pierre Tapie, président de la conférence des Grandes Ecoles et de l’ESSEC, qui refuse d’essayer d’atteindre les objectifs de 30% de boursiers, Sciences Po est couramment citée en bien ou en mal par les deux camps. Les propos ahurissants que nous entendons sur le dispositif des Conventions Education prioritaires, tels ceux d’Eric Zemmour qui a une fois de plus raté une occasion de se taire, nous poussent à réagir pour rétablir la vérité et réaffirmer notre conviction de la justice sociale.

Plusieurs affirmations ressortent dans les propos des autoproclamés « défenseurs de l’égalité républicaine » : premièrement, les CEP seraient un mécanisme de discrimination positive à l’américaine consistant à recruter des quotas de pauvres et de minorités ethniques. Deuxièmement cette arrivée de personnes non méritantes se traduiraient par l’effondrement du niveau, la baisse du diplôme sans que ces mêmes étudiants n’en tirent un avantage à la sortie.

Mettons donc les points sur les i.

Sciences Po recrute par les CEP des étudiants sélectionnés par leur lycée d’origine pour suivre une formation plus poussée. Ils doivent passer deux oraux révélant leurs aptitudes scolaires mais également leurs atouts personnels justifiant que l’on leur donne une chance. C’est donc un recrutement sur des critères élargis qui ne se limitent pas aux qualités révélées par une dissertation écrite. Pas de discrimination positive donc.

Ensuite, n’en déplaise à Pierre Tapie, il n’y a pas de lien entre le nombre de boursiers et l’évolution du niveau. Les statistiques montrent que les étudiants de CEP rattrapent très vite leur retard et au moment de la sortie du diplôme leurs résultats sont identiques à ceux venant des autres filières, ce qui leur vaut une insertion professionnelle également similaire. C’est pour ces raisons que nous avons soutenu pleinement depuis le début ce dispositif, parfois seuls.

Ceci valide notre modèle de la justice sociale : chacun doit pouvoir avoir les mêmes chances de réussite indépendamment de son origine sociale. Ceci implique de tendre la main à ceux qui n’auraient pas osé tenter leur chance dans un milieu étranger au leur. Il existe effectivement des inégalités entre les groupes sociaux dans le rapport qu’ils entretiennent avec les études mais ceci ne détermine pas que des groupes entiers doivent être condamnés à rester en bas de l’échelle sociale. Ceux qui refusent de donner une opportunité à chacun de tenter sa chance sont les vrais ennemis de la méritocratie contrairement à ce qu’ils prétendent.

Cette conception implique de renouveler les critères que le système scolaire impose pour effectuer la sélection. On ne juge pas du potentiel total d’un individu sur une dissertation. Il existe bien des qualités qui comptent également voire plus. Si le processus de sélection fait apparaître des différences disproportionnées entre les groupes sociaux, c’est qu’il est biaisé.

A la Cé, nous croyons que l’action collective peut contribuer à changer les mentalités et les structures de la société face aux archaïsmes d’une certaine gauche et d’une certaine droite. C’est un combat très large, qui ne se limite d’ailleurs pas à la diversification de l’élite scolaire, mais il importe que chacun y contribue à son niveau, là où il le peut. C’est pour cela que nous avons défendu et obtenu cette année une démocratisation du concours avec un oral et des épreuves décentralisées.

C’est pour cela que nous invitons tous ceux qui se reconnaissent dans ces conceptions et ces valeurs à nous rejoindre et à voter pour nos listes les 8 et 9 février.

Mathieu Albouy

Président de la Cé Sciences Po

Elu à la Commission Paritaire

Publié dans Dossiers

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mathieu 07/02/2010 17:24


Les études faits par les sociologues à ce sujet montrent qu'empiriquement les recrutements par oraux favorisent moins les étudiants des catégories sociales aisées que les recrutements par
écrit.
On ne peut que faire des suppositions pour l'expliquer.
 Je pense que les capacités d'expression écrite sont développés dans les milieux qui transmettent à leurs enfants le goût de la lecture alors que l'expression orale n'est pas liée à cela. Il y
a donc moins de décalage sur la capacité d'expression entre les milieux sociaux.


ALC 28/01/2010 18:34


En fait, il apparaît que les étudiants issus de milieux sociaux moins favorisés tendent à réussir comparativement mieux les oraux que les écrits. C'est pour cela qu'introduire une dimension orale
dans les concours / procédures d'entrée permet de recruter plus d'étudiants venant de milieux modestes.