L'affaire des superbonus défraye actuellement la chronique à Sciences Po. Rappelons les faits: la
presse a tout d'abord révélé qu'en l'espace de deux ans, l'équipe dirigeante de Sciences Po avait reçu plus d'un million d'euros sous forme de primes de performance. Dans les débats qui ont
suivi, nous avons également appris que notre directeur, Richard Descoings, percevait de l'ordre de 25 000 euros par mois, soit près de 300 000 euros par an. Pour comparaison, rappelons que
le SMIC net s'élève à moins de mille euros mensuels en 2011, et que le salaire médian s'établit à environ mille six cent euros par mois.
Ces rémunérations exorbitantes sont apparues légitimement scandaleuses aux étudiants, professeurs et salariés de Sciences
Po. Dans le contexte économique actuel, percevoir une telle somme d’argent plonge les étudiants dans la colère et l’incompréhension. Alors qu’il est demandé de faire des sacrifices pour
enrayer la crise économique, Richard Descoings et les membres du COMEX se montrent irresponsables et ne saisissent pas la nécessité d’investir davantage dans la jeunesse et de soutenir le
pouvoir d’achat des salariés les moins bien rémunérés. Le seul salaire de Richard Descoings est par exemple supérieur à l'ensemble des rémunérations versées aux doctorants en économie à
Sciences Po, soit une trentaine de personne. Il représente le double de l'aide sociale. Les bonus représentent près de 5% des droits de scolarités versés chaque année par les étudiants de
Sciences Po.
La mobilisation d’une partie cet argent envers les étudiants aurait pu permettre tout d’abord servir à augmenter les aides
sociales et notamment en faire bénéficier aux classes moyennes qui souffrent actuellement le plus. De même, Sciences Po verse 8 mois de bourse aux étudiants boursiers
alors que la scolarité dure près de 9 mois. Sciences Po aurait ainsi pu soutenir ces étudiants en leur versant plus d’aides sociales. Une partie de l’argent de ces
superbonus auraient également pu permettre de pérenniser le gel des frais de scolarité, de ne pas faire payer plein plot aux étudiants internationaux les plus
pauvres. Enfin, cet argent aurait pu permettre d’améliorer les services proposés aux étudiants dans le cadre de leur scolarité.
L'opacité dans laquelle ces rémunérations ont été décidées, apparaît particulièrement choquante. Un comité de rémunération
s'est réuni en secret pour déterminer le salaire des dirigeants de Sciences Po. Ses membres, faisant partie du conseil d'administration de Sciences Po, y ont tous été nommés par Richard
Descoings, ou font partie des fidèles de celui-ci. Aucun représentant des professeurs, des salariés ou des étudiants n'a été informé. Parmi les membres de ce conseil de rémunération figurent deux
anciens grands patrons ayant eux-mêmes en leur temps fait scandale par le montant des rémunérations qu'ils se sont fait attribués par leur entreprise, pour des résultats plutôt médiocre si l'on
en juge les trajectoires boursières et industrielle de PSA (dont les part de marché s'effondre), et de BNP Paribas (qui a perdu plus de la moitié de sa valeur boursière en quelques années). Il
s'agit donc plus de complices partiaux et incompétents que d'administrateur rigoureux.
Les justifications apportées par les administrateurs de Sciences Po ne nous satisfont pas. Richard Descoings aurait en
effet des mérites extraordinaires, qui légitimeraient une rémunération tout aussi extraordinaire. Combien n'a-t-on pas chanté les réussites du directeur actuel de Sciences Po ces derniers
mois ? De fait, son bilan est loin d'être médiocre. Mais toutefois, il s'agit d'un bilan collectif, qui ne peut être revendiqué entièrement par une poignée de personnes. Ce sont tous les
salariés, professeurs, et étudiants de Sciences Po qui ont réussi à amener l'institution à son niveau actuel. Les membres élus des conseils de Sciences Po, qu'ils soient enseignants, salariés ou
étudiants donnent bénévolement de leur temps pour l'institution. Au-delà du mérite, on nous oppose l'argument économique. Dans un monde mondialisé, il serait nécessaire de payer suffisamment nos
dirigeants pour les dissuader de partir ailleurs. Sans un tel salaire, Richard Descoings, risquerait de rejoindre une autre institution prête à le payer à sa juste valeur. On nous donne pour
exemple des institutions anglo-saxonnes où les rémunérations des dirigeants égalent ou dépassent celles de Richard Descoings. Toutefois, on s'est bien gardé de se référer aux directeurs
d'université française (dont les salaires excèdent rarement six mille euros mensuels nets), ou même au directeur d'autres grandes universités d'Europe continentale. Par ailleurs, il est quelque
peu grotesque de comparer Sciences Po, dont la recherche est encore peu développée et le budget assez réduit, aux meilleurs institutions mondiales qui comptent des prix Nobel et des médailles
Field. Il n’existe pas de marché international des dirigeants d'université. Dans toutes les université mondiales, les dirigeants sont recrutés localement, après avoir fait une bonne partie de
leur carrière dans l'établissement. Si Richard Descoings quittait l'établissement, il serait incapable de retrouver un poste de cette envergure au sein du monde universitaire français ou
étranger. Il faut bien payer les dirigeants pour les inciter à réaliser de bonnes performances et à exercer plus d'effort dans leurs tâches ? A voir le temps passer par Richard Descoings sur son
blog où à faire son autopromotion, on peut douter de son ardeur à la tâche.
Nos exigences :
L'affaire des superbonus doit donc conduire à une profonde réforme du mode de rémunération des dirigeants de
Sciences Po. Tout d'abord, cette rémunération ne doit pas être laissée à la discrétion d'un comité de rémunération nommé par le directeur de Sciences Po. Elargi, ce comité de
rémunération doit inclure des représentants des salariés et des professeurs. Par ailleurs, le conseil de direction et le conseil d'administration de la FNSP doivent pouvoir fixer
une limite maximale à la rémunération et aux primes des cadres dirigeants de Sciences Po. Si des primes sont versées en fonction d'objectif à atteindre, ces objectifs doivent
être validés par les conseils, qui doivent également vérifier qu'ils ont bien été atteints. Une telle procédure permettrait d'éviter les abus qui se sont produit. Enfin, une partie de
l’argent déduit de ces bonus doit servir aux étudiants et aux salariés. Et notamment sous forme d’aides sociales, de pérennisation du gel des frais de scolarité,
du changement de situation pour les étudiants internationaux les plus pauvres, d'augmentation des services aux étudiants.
Une telle réforme ne pourra être atteinte qu’avec la mobilisation étudiante !



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